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Essaouira, carnet de route

Essaouira la belle, Essaouira la douce, la bleue, la ville féline, la ville aux deux vents, la ville brouillard, Essaouira l’humide…

Essaouira la jolie petite médina entourée de ses remparts fait partie de ces rares endroits où je me suis sentie immédiatement « à la maison ». Sans doute grâce à des repères qui me sont familiers : les remparts, les vagues qui se brisent sur la jetée, la longue plage qui se découvre largement à marée basse, la houle, les îles menaçantes au loin, qui impressionnent d’emblée par leur histoire…

Quand le vent est au sud, Essaouira est en Bretagne, un autre Saint-Malo intra muros, intra médina… Et partout l’air marin emplit nos narines d’iode humide. Ici aussi, il vaut mieux garder un oeil sur ce ciel qui, du bleu azur au noir profond inonde la terasse le temps d’un courant d’air et contraint à faire de nouveau sécher le linge pourtant surveillé.

Cependant, toujours il fait doux. 20-25°C constant. Pas de ciré Guy Cotten, pas de bottes aigle ni de vareuse. Pas non plus de pulls marins, de vielles pipes qui fument tels de vieux popeyes. Ici c’est la Djellaba, le voile, la chicha… le Salam Halikoum…Halikoum Salam est de rigueur…. un « Inch’ Hallah » remplace notre « que Dieu te garde »… Les barques bleues remplissent le bassin principal du port. Ici c’est la pèche, la pèche. Pour la plaisance, c’est au mouillage devant le Mogador et aux côté des chalutiers, derrière la jetée, les jours ou ça chahute vraiment trop au dehors.

Mais à Essaouira, il y a aussi les hamman et les chats, les effluves de safran et de thuya, d’ambre et de musc, le savon noir et la chicha… Et quand le vent est au nord, les poussières de henné, de khol, et de sable tournoyent gaiement, sous le soleil, dans les ruelles de la citadelle.

Essaouira au petit matin, c’est le royaume des chats, la distribution des sardines remplit tous ces petits ventres sacrés. A 7h30, la ville s’agite, les épiceries ouvrent et la distribution de pain, dans les grands paniers à l’arrière des bicyclettes peut commencer. Les écoliers sortent de l’ombre par petites troupes, passent prendre leur déjeuner, un sandwich au kiri et un petit yaourt à emporter à l’épicerie et c’est parti. 

Pour les oeufs du jour, il faut attendre 9h et pour boire le café sur une des terasses qui surplombent la cité et offrent une vue panoramique, il faudra même attendre 11h. Alors, en attendant il y a le petit déjeuner chez Driss, la ballade au port ou à la plage, le tour des remparts, ou s’affairent les employés de la ville : ramasser, vite, ramasser les détritus que la mer apporte, chaque jour sur les rochers, pour qu’Essaouira garde sa réputation de ville propre. 

et puis, vient l’heure du marché. Le souk, c’est avec Latifa, sans aucun doute. une poule vivante, des légumes -belik-belik-, courgette, navet, pomme de terre, carotte -belik-belik-, une poignée de raz-el-hanout, une autre de pois chiches et l’affaire est dans le sac : ce soir c’est tajine poulet.

Quand c’est pétôle, le rythme est au repos, souk, chameaux (zzit ! zzit ! trott ! trott !), ballade… Une ville parfaite pour ces déambulations… Rythmée par les marées pour attraper les meilleures vagues, on en aura eu de belles et bien formées.

 Et quand le vent se lève et qu’il se trouve que l’on est complètement au bout de la plage, alors vite, on grimpe dans un petit taxi bleu pour gagner du temps. Tout droit jusque Bab-Sbah, on file à la kasbah, le boardbag est plein, on charge et on retourne à la plage pour profiter de ce spot autant exceptionnel qu’ingrat. Difficile de passer cette grosse barre de vague quand les conditions s’y mêlent, mais ensuite, juste derrière…. cette houle magnifique, formée, qui entre directement dans la baie par vent de sud, entre Mogador et la maison de Jimmy Hendrix, permet une glisse tout en douceur, chaque retour dans le sens de la vague permet de glisser de façon continue, comme naturelle… facile, fluide toujours. énorme.

C’est le retour, vague dans le dos qui est un peu traitre… il peut même se terminer en machine à laver… Pas bon pour le matériel, ni pour les sinus… Mais le jeu en vaut la chandelle… des sensations de glisse fantastique quand tout est réuni.

Et le petit (ou mons petit) temps de chill-out au semi-soleil, preque à l’abri du vent, dans ces grands canapés oranges moleskine branchés, sous un air de bossa et sous les lampions qui se balancent dans le vent tombe toujours à pic.

C’est l’heure de la sieste, on traine, on s’étale, on se transforme même presque en chat. les paupières lourdes, on ferme furtivement les yeux et tout flotte, comme au milieu de la nuit, quand les voix des minarets s’élèvent en canons et nous offrent une folle berceuse.

Essaouira c’est ça.

Et pour un peu que la maison soit jolie, adaptée au petit groupe de 9 personnes que nous sommes, et que tout le monde profite à son rythme de la ville, de son temps de deconnexion et des autres ici présents, alors… on profite plus encore.

Pour la prochaine fois, on commandera un peu plus de vent… Il suffit sans doute d’y aller un peu plus tôt dans la saison, ou alors bien plus tard… on y pensera.

En tous cas y retourner. Il le faudra.

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